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cours 2012-13

:: tl2, cours – 18 au 21 décembre 2012 ::

 

Comme promis, mais les problèmes techniques rencontrés par le site ont différé d’autant cette mise en ligne, ceux des TL2 qui étaient absents la dernière semaine précédant les vacances (mais aussi ceux qui étaient présents) (re)trouveront sous la forme d’un cours rédigé ce dont il fut question durant ces huit heures.

En rapport avec la note de marge proposée lors de l’introduction à De l’Ustensilité, où nous opposions vouloir et désirer et où nous avons abordé, d’une part, le problème des rapports entre désir et liberté (une action accomplie par désir ― afin de satisfaire un désir ― est-elle une action libre ?), et, d’autre part, le problème des rapports entre désir et bonheur (la satisfaction des désirs permet-elle d’accéder au bonheur ?),

en rapport aussi avec l’un des sujets de dissertation récemment proposés, « Faut-il vouloir ce qu’on ne désire pas ? », lequel, comme nous l’avons souligné, doit conduire à situer la réflexion sur le plan de la pratique et, plus précisément, sur celui de la morale,

nous nous sommes demandé si agir par volonté, et non par désir, agir en d’autres termes par devoir, excluait ou non la possibilité d’atteindre le bonheur.

Cela m’a conduit à proposer un cours présentant  ce qui se trouve désigné, dans la Critique de la raison pratique de Kant, comme « l’antinomie de la raison pratique ».

A titre de présentation liminaire, j’ai précisé où se situe, dans le corpus des œuvres de Kant la Critique de la raison pratique, fait référence à cet autre texte où se trouve aussi exposée la philosophie morale définitive de Kant, intitulé Fondements de la métaphysique des mœurs, et précisé les rapports et les différences d’approche entre ces deux œuvres.

Voici, en résumé, ce que nous avons dit de l’antinomie de la raison pratique et de sa résolution, telle que présentée dans la Critique de la raison pratique :

La Critique de la raison pratique aborde donc la question du « Souverain bien », c’est-à-dire de l’accord entre la vertu ― le bien moral ― et le bonheur. Cela permet en outre à Kant de résoudre les contractions entre les différentes philosophies morales antérieures.

L’antinomie de la raison pratique consiste à poser que soit la liaison entre la vertu et le bonheur est « analytique » — il y aurait en ce cas coïncidence, identité entre la vertu et le bonheur —, soit qu’elle serait « synthétique » — l’une alors engendrerait l’autre.

A ce point, le texte fait référence aux deux grandes philosophies morales de l’Antiquité : l’Epicurisme et le Stoïcisme.

J’ai précisé et développé cette référence en présentant succinctement les philosophies épicurienne et stoïcienne, l’une comme l’autre étant des « physiques », au sens bien sûr d’interprétations de la φύσις (physis), c’est-à-dire, si l’on veut, de la « nature », mais d’une « nature » bien évidemment non encore déterminée ni conçue à partir du principe de causalité, physiques opposées, puisque l’une ― la « physique » stoïcienne ― reconnaît la nécessité, tandis que l’autre ― la « physique » épicurienne ― reconnaît le hasard (παρέγκλισις, paregklisis, chez Epicure, clinamen, chez Lucrèce). Ces deux philosophies articulent à leurs « physiques » des morales, elles aussi en apparence diamétralement opposées.

Or, Kant, dans la Critique de la raison pratique, renvoie dos à dos les morales épicurienne et stoïcienne, au titre de ce qu’elles ont, l’une comme l’autre, tout en la thématisant différemment, considéré la liaison entre la vertu et le bonheur comme analytique : « l’Epicurien disait : avoir conscience de sa maxime conduisant au bonheur, c’est la vertu ; le Stoïcien : avoir conscience de sa vertu, voilà le bonheur» (p.120).

A ce point, Kant établit qu’épicurisme et stoïcisme se sont l’un comme l’autre trompés, attendu que la liaison entre vertu et bonheur est synthétique. Elle ne peut être en effet que synthétique, puisque la vertu et le bonheur sont hétérogènes, ainsi que l’a établi l’ « Analytique de la raison pratique ».

Aussi le problème de ce rapport doit-il s’énoncer comme suit : « il faut ou que le désir du bonheur soit le mobile des maximes de la vertu [1], ou que la maxime de la vertu soit la cause efficiente du bonheur [2] » (p.122).

Kant montre alors que ces deux solutions sont également impossibles, la première absolument, la seconde conditionnellement : la première, parce qu’aucun mobile sensible ne peut déterminer une volonté bonne ; la seconde, parce que la vertu dépend de la loi morale, tandis que le bonheur dépend des lois naturelles et qu’on ne voit pas, dès lors, comment l’une peut produire l’autre.

Cette antinomie se résout en distinguant deux plans : l’ordre sensible et l’ordre intelligible.

La thèse [1] est absolument fausse. L’antithèse [2], quant à elle, n’est fausse que conditionnellement : dire que la vertu engendre le bonheur n’est faux que si nous nous situons dans l’ordre sensible, que si nous considérons l’existence dans le monde sensible comme la seule existence possible. Il en va autrement si nous nous référons à l’ordre intelligible, c’est-à-dire « suprasensible ».

Ainsi, la conduite vertueuse, c’est-à-dire la conduite déterminée par la volonté, et non le désir, a-t-elle lieu de conduire au bonheur, mais à un bonheur qui n’est nullement sensible, nullement de l’ordre du plaisir ― et nous avions établi, à l’occasion de notre note de marge, ce qu’il y a de profondément contradictoire entre plaisir et bonheur ―, à un bonheur relevant au contraire d’un ordre « intelligible », « suprasensible », auquel il ne nous sera permis d’accéder, en proportion de la vertu qui aura été la nôtre, que dans une existence au-delà de la vie terrestre.

Penser ce bonheur exige donc que soit postulée l’immortalité de l’âme : le Souverain Bien, pour être réalisé, suppose ce que Kant appelle les postulats de la raison pratique, donc celui de l’immortalité de l’âme, lesquels, du point de vue de la raison théorique, ne renvoient à rien qui soit connaissable et donnent tout au plus lieu à des croyances, mais qui doivent donc, d’un point de vue pratique, être postulés.

Le bonheur peut alors être thématisé comme Sainteté : le Saint est le « bienheureux » :

« La conformité parfaite de la volonté à la loi morale est la sainteté, une perfection dont n’est capable, à aucun moment de son existence, aucun être raisonnable du monde sensible. Comme cependant elle n’en est pas moins exigée comme pratiquement nécessaire, elle peut seulement être rencontrée dans un progrès allant à l’infini vers cette conformité parfaite [...]. Or ce progrès indéfini n’est possible que dans la supposition d’une existence et d’une personnalité de l’être raisonnable persistant indéfiniment (ce que l’on nomme l’immortalité de l’âme). Donc le souverain bien n’est pratiquement possible que dans la supposition de l’immortalité de l’âme, par conséquent celle-ci, comme inséparablement liée à la morale, est un postulat de la raison pure et pratique (par où j’entends une proposition théorique, mais qui comme telle ne peut être prouvée, en tant que cette proposition est nécessairement dépendante d’une loi pratique ayant a priori une valeur inconditionnée) » (Critique de la Raison pratique, p.132).

Nous n’avons pas manqué, cela étant, d’envisager cette thématisation du bonheur comme Sainteté d’un point de vue critique…

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